auteurs bretons Extrait : « Faites vos jeux » de Firmin Le Bourhis, le 1er chapitre

Extrait : « Faites vos jeux » de Firmin Le Bourhis, le 1er chapitre

Découvrez le 1er chapitre de « Faites vos jeux« , roman policier de Firmin Le Bourhis dont l’intrigue se déroule à La Baule et Pornichet…

 

Chapitre 1

Du 1er au dimanche 14 juillet.

Une fois de plus, le commissaire Yann Le Godarec, patron de l’hôtel de police de Quimper, avait été mis devant le fait accompli et avait dû lâcher momentanément ses deux OPJ, le lieutenant Phil Bozzi et le capitaine François Le Duigou.
— Tout cela parce que le commissaire divisionnaire du district de Saint-Nazaire et de La Baule est copain de promo du grand patron de Rennes ! avait-il tempêté.
Mais il savait qu’il n’avait pas le choix et ne pouvait que s’exécuter.
Phil et François avaient été bien reçus à la DIPJ, boulevard de la Tour d’Auvergne à Rennes, où, deux ans plus tôt, ils avaient eu le plaisir d’exercer pendant quelques mois.
Lors de cet entretien, l’intérêt de leur détachement à La Baule leur avait été expliqué.
Ils ne connaissaient pas ce nouveau patron, mais celui-ci, après leur avoir fait de nombreux compliments sur leurs prouesses passées, leur avait servi dans sa conversation des citations du poète libanais Khalil Gibran, telles : « La vie est mouvement, elle ne s’attarde pas avec hier ». Il leur avait rajouté qu’on ne restait pas non plus ad vitam aeternam au même poste, se référant à l’ancien capitaine de l’équipe de France de rugby, dans les années 1950 : « L’expérience ne s’accumule pas, elle se périme ». Bref, beaucoup de tergiversations pour noyer le poisson et terminer évidemment par leur annoncer leur nouvelle affectation provisoire…
Finalement, en quittant Rennes pour rejoindre Quimper, ils ne savaient plus très bien si cet entretien était élogieux et reconnaissant à leur égard ou si c’était simplement l’expression d’un ordre. Toujours est-il qu’ils devaient répondre surtout aux besoins du service !
Phil et François considéraient que les patrons étaient tous pareils lorsqu’il s’agissait de demander quelque chose au personnel : ils ne savaient pas toujours comment s’y prendre et, bien souvent, tournaient maladroitement autour du pot avant d’annoncer ce qu’ils attendaient exactement, puis de délivrer les ordres. Quoi qu’il en fût, le résultat était toujours le même, il ne leur restait qu’à obtempérer…
Contrairement à beaucoup de leurs collègues, répugnant à changer leurs habitudes, Phil et François s’accommodaient toujours plutôt bien de ces imprévus, car malgré tout, c’était peut-être aussi l’une des raisons pour lesquelles ils n’avaient pas été mutés depuis leur arrivée à Quimper… Une mutation qui aurait automatiquement engendré beaucoup de bouleversements et de stress dans leur famille. Tous deux appréciaient leur cadre de vie et leurs petites habitudes casanières et n’imaginaient même pas devoir les remettre en cause. Aussi préféraient-ils qu’on fasse appel à eux ponctuellement et qu’on leur fiche la paix le reste du temps. Après tout, ils démontraient bien ainsi leur capacité de flexibilité !
À leur arrivée, le commissaire était absent, ils avaient été accueillis par son adjoint, le commandant Éric Lesnérac, un homme fort sympathique et dynamique… Et, bonne surprise, ils se retrouvèrent avec Valérie Halgand qu’ils avaient bien connue lors d’une précédente enquête à Saint-Nazaire.
Cette dernière, lieutenant de police dans cette ville, était à présent capitaine et ils s’étaient un peu perdus de vue, car comme bien souvent, le « nez dans le guidon » au travail, ils n’avaient plus gardé le contact.
Voilà tout simplement pourquoi, depuis le lundi 1er juillet, soit deux semaines, Phil et François exerçaient au commissariat de La Baule-Escoublac, sur la Côte d’Amour. Difficile de se plaindre de séjourner dans un tel lieu pendant l’été !
Le commissariat de police occupait une grande maison au fond de la place Rhin et Danube, perpendiculaire à la gare de La Baule-Escoublac. La bâtisse était entourée d’un jardinet en friche avec, au pignon gauche, de grandes grilles bleu clair permettant d’accéder aux parking et garage.
Dans ce quartier, la gare et le commissariat se reconnaissaient à leurs bâtiments de caractère, d’une architecture normande : toit très pentu, recouvert de tuiles plates d’un rouge sombre.
Malgré la saison estivale, ils n’avaient guère le temps de profiter des neuf kilomètres de la plage de sable fin toute proche. Ils avaient déjà sillonné la station balnéaire dans tous les sens, car le travail ne manquait pas. En effet, une multitude de petites affaires diverses se succédaient et envahissaient leurs bureaux, allant du vol à la roulotte de portables et de cartes bancaires aux éternels trafics de drogue en passant par les bagarres en sortie de discothèque, sans oublier les disparitions de voitures et de scooters…
Valérie Halgand, toujours aussi mignonne, brune, de taille moyenne, mince, les cheveux courts, d’humeur égale, affichait son sourire légendaire.
Le courant passa à nouveau immédiatement. En dehors du service, le commandant et le capitaine les avaient accompagnés à plusieurs reprises, à tour de rôle, pour partager quelques moments avec eux et leur permettre ainsi de bien s’intégrer dans l’équipe. Cependant, avec l’animation et la grande fréquentation, tout devait se faire rapidement.
Leur lieu d’exercice passait à plus de deux cent mille habitants en saison et si leur effectif habituel était de quatre-vingts personnes environ, il augmentait sensiblement, notamment avec la venue de la CRS en renfort. Mais, visiblement, Éric et Valérie ne boudaient par leur plaisir de travailler dans cette ambiance un peu survoltée par moments, où il fallait courir dans tous les sens, durant les deux mois d’été.
— Vous savez, ça nous rythme notre vie aussi ! précisa Valérie.
Pour le choix du lieu de restauration, c’était toujours elle qui s’en chargeait. Fort judicieusement d’ailleurs ; l’un des plus prisés restait le restaurant du casino de Pornichet.
— C’est l’un des meilleurs établissements qui offre de surcroît un rapport qualité-prix assez exceptionnel, vous verrez, vous m’en direz des nouvelles ! s’amusait-elle.
Après six mois d’hiver finalement, car le printemps avait été aussi tempétueux que froid et humide et s’était prolongé ainsi jusqu’au début de juillet, le soleil avait enfin fait son apparition depuis le week-end des 6 et 7 juillet. Le ciel s’était totalement dégagé et l’anticyclone semblait bien ancré sur la France. La chaleur augmentait de jour en jour et la station avait retrouvé son véritable air estival…
En entrant, après quelques marches, ils s’engagèrent immédiatement à gauche en empruntant des portes à double battant. À leur droite, le bar puis, juste devant eux, un salon où trônait un piano blanc bien seul, attendant qu’on s’y exprime. Le chef de rang vint les chercher et les précéda, ils franchirent trois marches sur leur gauche, puis se faufilèrent entre les tables, contournant le buffet des entrées et des desserts pour être finalement installés près de la vitre qui offrait une magnifique vue panoramique sur toute la baie : du port de plaisance de Pornichet jusqu’à l’extrémité de la pointe du Pouliguen, en passant par La Baule, l’une des plus belles plages d’Europe.
Dans la salle, le blanc et le noir dominaient, y compris dans l’épaisse moquette qu’ils venaient de fouler.
La marée étant au plus bas, la plage semblait vaste et l’îlot des Evens, juste en face d’eux, pas très loin, au large, paraissait ceinturé de blanc, effet provoqué par le sable au soleil…
Valérie leur rappela que le restaurant avait été entièrement refait récemment :
— Désormais, il profite de l’intégralité de la façade du bâtiment et les deux salles, tout en longueur, sont reliées par une passerelle…
— Comme dans les paquebots, rajouta Phil en riant.
— C’est le symbole en effet, celle de gauche donne sur une partie de la salle de jeu du casino.
Sur la table, tout en choisissant son menu, Phil remarqua le programme du trimestre du casino et, dans un petit présentoir, l’annonce d’un spectacle accompagné d’un repas dont le prix ne dépassait guère les vingt euros, jetons de jeu pour prolonger la soirée compris…
Ils furent rapidement et bien servis. Tous les quatre apprécièrent cette pause-déjeuner au cours de laquelle le commandant évita d’évoquer l’activité professionnelle. Il leur parla au contraire de La Baule en expliquant notamment l’origine de l’architecture normande des deux gares SNCF, du commissariat et bien entendu de L’Hermitage, à la demande de Phil.
— En fait, cela correspond, poursuivit-il, à la deuxième phase de développement du quartier Pavie, le quartier du casino, et à la naissance de La Baule en tant que station balnéaire internationale, que l’on doit à François André…
— Ah, les François, ils sont vraiment trop forts et je ne parle pas que du pape, car on en trouve un peu partout ! s’amusa François.
— Oui, mais peut-être avec des fortunes diverses et je ne pense pas qu’à la politique française… répondit aussitôt Phil.
Ils sourirent tous les quatre, heureux de ce moment de convivialité face à la mer, dans ce cadre magnifique qu’offrait ce restaurant.
Déjà Éric Lesnérac continuait :
— François André était l’oncle de Lucien Barrière, fondateur de la chaîne hôtelière Barrière. En fait, celui-ci est arrivé à La Baule un peu par hasard ; pendant la guerre 14-18, il s’était lié d’amitié avec un soldat originaire d’Escoublac. Ils se jurèrent d’y venir après la guerre. Malheureusement, François André y vint seul car son ami mourut dans les tranchées. Dans les années 20, ce fils de brasseur et administrateur du casino d’Ostende en Belgique lance cette station tandis qu’il fait déjà de même à Deauville. Il souhaite faire de La Baule un haut lieu du tourisme sur la côte atlantique entre Deauville et Biarritz…
À chaque affectation provisoire dans une autre région, Phil et François aimaient à découvrir l’histoire de leur nouveau lieu de travail et c’était toujours un enchantement, surtout lorsqu’ils rencontraient deux collègues sympathiques.

*
Cependant, jusque-là, rien n’était venu apporter un peu de piment à leur quotidien. Et ce dimanche 14 juillet n’échappait pas à cette banalité, même si le soleil ne ménageait plus ses efforts chaque jour. De plus, un jour férié tombant un dimanche, ce n’était pas ce que préféraient les salariés. Il n’engendrait aucune euphorie ni effervescence particulière, contrairement à un week-end à rallonge.
François s’en fichait un peu dans le moment, car il pensait plutôt aux grandes marées des mercredi 24 juillet et jeudi 22 août, lors desquelles des coefficients de 108 et de 109 étaient annoncés et, pour lui, ceci était plus important que tout le reste. Cela ne lui déplairait pas de pouvoir prendre une journée à ce moment-là afin d’aller pêcher avec ses copains de Concarneau, d’autant que ceci permettait également aux épouses de se retrouver.
De son côté, Phil regrettait de ne pouvoir accompagner Gwen et sa fille Clémence aux différentes festivités liées à cette fête nationale…

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