Hugo Buan Dans Le Quai des Enrhumés d’Hugo Buan, un virus menaçait déjà l’humanité…

Dans Le Quai des Enrhumés d’Hugo Buan, un virus menaçait déjà l’humanité…

Dans son excellent polar Le Quai des Enrhumés, paru en 2016, Hugo Buan mettait en scène deux chercheurs, un Russe et un Français, désabusés par l’humanité et désireux de l’anéantir, ou tout au moins faire de la place… L’intrigue se déroulait en plein préparatifs du départ de la Route du Rhum, sur le port de Saint-Malo…

L’auteur a sélectionné pour vous quelques passages du roman… Et nous envoie cette photo de lui – toujours accompagné de son fidèle Iggins – sur le port de Saint-Malo, désert…

HB07


« Théoricien d’un Univers propre qu’il considérait souillé par l’humanité, il fut l’un des premiers initiateurs du « projet ». Quelques années plus tôt il avait renoué des liens avec Andreï Bermakov, un Russe rencontré à l’université de Paris-Descartes dans les années soixante-dix. Le colloque de Genève où eurent lieu leurs retrouvailles avait pour thème : Comment mener une existence précaire réduite aux seules fonctions biologiques afin de sauver la planète. Évidemment, on imagine la joie et la bonne humeur qui régnaient à ce rassemblement. »

…..

« Seule une communion de pensée exterminatrice les avait réunis. Les deux septuagénaires considéraient que l’Homme ne méritait plus son humanité. L’humanité avait été brièvement de
passage sur la terre et avait occasionné plus de désagréments que n’importe quelle espèce ; il était temps de faire place à l’animalité originelle. L’argent de Bermakov ne le rendait pas
heureux mais il lui procurait des moyens prodigieux dont il allait se servir. Le seul crédit qu’il pouvait mettre au compte de Prince c’était le lieu, la ville, l’événement. De toute façon, il y en
aurait eu d’autres. Mais ici ça s’y prêtait bien. Vraiment. »

…..

« — C’est tout, Workan ?
— Oui, monsieur le commissaire je-sais-tout de la SDAT.
— Tu ne crois pas à cet attentat ?
— Si… mais pas pour sauver la planète et anéantir l’humanité. Ce serait moi, je penserais plus à Tokyo, aux grandes métropoles chinoises, à Mexico, New-York, etc. Tu vois, je choisirais
le quantitatif au lieu du qualitatif.
— Hum… Je vois… Ici nous sommes des gens de qualité ?
— Non, pas du tout. Je pensais juste à moi. »

…..

— Le Don de Dieu !
— Ouuuh, c’est prémonitoire, siffla Lerouyer.
— Prémonitoire de quoi ? s’insurgea Workan. Dieu n’a rien à voir là-dedans !
— OK, fit le capitaine en rentrant la tête dans ses épaules.
— Quand même, le « Don de Dieu », enchaîna la beurette, c’est plus qu’un signe : Dieu a donné naissance à l’Homme, Dieu reprend l’Homme.
— Foutaises ! Dieu n’a rien donné du tout, continua de s’exciter le Polak, l’Homme est le résultat d’une évolution anarchique, déviante, mais d’une évolution quand même avec par
exemple une partie de notre ADN commun à celui d’une vulgaire arête de poisson. Alors y a pas de quoi se vanter à savoir qu’un anchois même trempé dans l’huile d’olive a le même
ancêtre que nous.
— Heu… Commissaire ? s’aventura Lerouyer, pourquoi dites-vous que nous sommes issus d’une évolution déviante ?
— Mais bon sang capitaine !… Regardez autour de vous… Voyez tous ces fondus du bocal qui s’agitent d’une façon incontrôlée sur cette planète et ceci depuis des siècles et des siècles…
— Amen.
— La ferme Mahir !… Si Dieu existe pourquoi il autorise des slips français à naviguer. Hein ? Je vous le demande ? Le Slip français c’est le Big Bang de la voile. Il y avait un avant et il
y aura un après. Maintenant tout est permis ; la porte est ouverte à toutes les déviances. Avant les bateaux s’appelaient Pen Duick, Manureva… Des noms qui faisaient rêver. Alain Colas et Tabarly doivent se retourner dans leurs t…. Oh pardon… J’avais oublié. Bref, on vit dans un monde de cons et on en fait partie.
— On est pas grand-chose, fit Lerouyer en hochant la tête. »

…..

Workan grimaça et secoua la tête.
— Il y a quelque chose qui ne va pas, monsieur le divisionnaire, au sujet de ce projet d’attentat.
— Pardon ?
— Si nous partons sur l’hypothèse d’un attentat bactériologique ou chimique : pourquoi le perpétrer dans cette ville ouverte à tous les vents ?… C’est valable dans un milieu clos, un
métro, une gare… Pas un port.
— Regardez Ébola, il est bien parti le long d’un fleuve. Tout dépend du type de transmission : animale, interhumaine par voie aérienne, par contact direct, vêtements, déchets
etc… je ne suis pas un spécialiste mais il doit y avoir cent mille raisons pour que l’on se fasse du souci.
— Et tout ça est dans la valise ?
— À vous de le découvrir ! »

…..

— Qu’est-ce qu’il a ? demanda Leila, les deux pieds sur le tableau de bord de la belle anglaise.
— Un flagrant manque d’optimisme !
— C’est compréhensible à son âge.
— Soixante balais ! C’est encore un jeune senior.
— Lucien ? C’est vrai que plus on vieillit plus on sort ce genre de conneries ?
— Oui, mais lui il va mourir à soixante balais, c’est différent.
— Et nous ?
— Non, moi je crois au Big Bounce.
— C’est quoi ?
— C’est une sorte de Big Bang qui renaît de ses cendres. Tel le phénix. Pour faire court, imagine l’Univers et ses milliards de galaxies qui se ratatine sur lui-même ; on appelle ça un
Big Crunch, quand il est bien contracté, bien dense, il explose à nouveau et repart dans une expansion vertigineuse. La combinaison Big Bang-Big Crunch, s’appelle le Big Bounce. Voilà, je ne peux pas faire plus court. D’ailleurs même un astrophysicien ne ferait pas mieux. En résumé il n’y a pas de début et pas de Tin, le Temps et l’Univers sont éternels… Comme nous. »

…..

— Bermakov en a rien à foutre de laisser des traces. Il sait que, pour lui, dans trois ou quatre jours tout sera fini.
— Alors il faut perquisitionner le Bogdan.
— Avec les mecs malades ?… Merci bien. Très peu pour moi.
— Puisque le monde entier doit y passer on est pas à deux ou trois jours près.
— Avec la chance qu’on a, se désola Workan, si on monte sur le bateau on est capable de sauver le monde mais, nous, on crèvera de cette saloperie. Bonjour le cadeau. Je ne suis pas du genre à me sacrifier, je me suis toujours senti comme un anti héros.
— OK, OK, je ne suis pas surprise. Bon alors qu’est-ce que tu veux faire avec le sang de la nympho ?
— Je te l’ai dit : une analyse.
— Si tu savais comme je la sens mal ton initiative… Lucien écoute-moi. Il faut prévenir Paoli, les autorités médicales, l’OMS… On aura fait notre job !
— Notre job, dit calmement Workan, c’est de faire des prises de sang. »

…..

— Vous avez fait ce qu’il fallait pour vous et vos marins ? demanda-t-il au capitaine.
— Oui, depuis deux jours ! On est mal fichus. Toux, fièvre, frissons… Je dois vous avouer que les hommes ne sont pas tranquilles. Beaucoup s’inquiètent.
— Ah ! L’inquiétude… Pauvres humains que nous sommes, la terre est à un tournant capital de son Histoire et vos hommes sont inquiets. Je peux vous assurer capitaine que c’est
un sentiment qui va bientôt disparaître et se dissiper dans la nuit des temps.
— Je croyais que nous allions survivre, s’alarma le capitaine philippin.
— Bien sûr, tout est une question de durée… Combien de temps voulez-vous vivre, capitaine ? Cinq ans ? Dix ans ? Allons-y pour vingt ou cent si je ne réussis pas mon opération
de nettoyage de la planète. Mais je vous le dis capitaine, plus ce sera rapide plus le règne animal nous en saura gré… »

…..

Il tendit les éprouvettes à Leila et lui demanda d’en prendre soin. Après avoir enlevé ses gants, il défit les nœuds de ses baskets et les balança dans la malle arrière, il ôta sa
combinaison noire et se retrouva en shorty rouge, logoté Tommy Hilfiger, assis sur le rebord du coffre.
— Tu peux me donner mes pompes et mon fute s’il te plaît ? la sollicita-t-il en bâillant. On a rendez-vous où, avec Roberto ?
— Esplanade de la Gare, lui dit Leila en tendant le pantalon et les Richelieu. Comment t’as fait pour la prise de sang ?
— J’ai cherché la veine et quand je l’ai trouvée, j’ai pompé.
— Le type t’a tendu le bras gentiment ?… Si tu veux bien ne pas me prendre pour une idiote ?…
— Il a tellement été emballé qu’un de ses copains a voulu absolument donner le sien aussi.
Ça explique les deux éprouvettes… On ne va pas les transvaser dans les flacons, j’ai peur de renverser.
— Il ne faut pas de la glace pour les conserver ?
—Je ne crois pas… Mais je vais accélérer les choses. Roberto devra être à 6 heures chez le chercheur – je préviens ma sœur – s’il est vraiment amoureux d’elle il obéira et ensuite il filera comme un fou jusqu’à l’Institut Pasteur avide de faire connaissance avec nos bestioles.
— Si tu veux mon avis quand il va voir les éprouvettes il ne va pas trépigner de joie. Il y a du sang autant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Tu as des prémices de Parkinson ou quoi ?…
Bonjour l’hygiène et je ne te parle pas d’asepsie.
— Y a du Sopalin et du lave-glace dans le coffre, tu essuies les tubes. Il ne va pas chercher le taux de cholestérol, non plus.
— À mon avis c’est encore plus pointu que ça.
— J’en ai plein le cul de tes avis ! »

HugoBuanEnConfinement

Hugo Buan et Higgins sur le port de Saint-Malo

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