roman format poche (11 x 18 cm)
336 pages
ISBN / EAN : 9782907572552
Colette Vlérick vit à Plouguerneau, dans le Finistère. Traductrice de profession, elle s’est fait connaître comme écrivain en 1998 avec La Fille du Goémonier.
En 2003, elle a créé « Crimes secrets », sa collection de romans policiers aux éditions du Palémon. Le premier titre, Vengeances, a remporté un succès immédiat.
Quand la famille Lejean quitte sa belle banlieue du Vésinet pour s'installer à Plouguerneau, dans le quartier du Pont du Diable, elle offre le visage d'une famille comme les autres.
Mais...
Les enfants blessés peuvent se transformer en démons, surtout si le monde des adultes leur fournit tous les éléments nécessaires pour atteindre leur but.
Le lecteur trouvera en fin d’ouvrage un dossier sur les crimes « vampiriques » de ces dernières années et sur le Pont du Diable.
CHAPITRE 1
— Sébastien, dit Aline, tu vas rester avec mamy pendant que nous allons chercher une nouvelle maison.
Frédérique de Caillé-Vantaux, dite « mamy », n’avait accepté de venir garder son petit-fils qu’à regret. On était début mars et elle aimait s’occuper elle-même de tailler ses rosiers.
— Je veux pas ! chouina Sébastien. Je veux rester ici.
— Mais nous habiterons au bord de la mer, comme en vacances. Tu n’as pas envie de vivre toute l’année au bord de la mer ?
Sébastien resta muet, hésitant. Il n’avait pas envie de céder, pas envie de revenir aussi vite sur sa première volonté. Il fit donc sa moue spéciale « je vais pleurer ».
— Tu sais quoi ? reprit sa mère, prête à tout pour éviter les larmes. Je te rapporterai une surprise.
— Un camion rouge !
— Tu en as déjà deux.
— J’en veux un autre, insista Sébastien, refaisant sa moue « je vais pleurer ».
Aline n’avait pas envie d’une scène, pas au moment où elle devait ménager la bonne volonté et la patience de sa mère.
— D’accord, tu auras un camion rouge.
Frédérique de Caillé-Vantaux, qui avait assisté à la discussion depuis le fauteuil où elle tricotait, leva les yeux au ciel. Sale gosse ! Il était temps que quelqu’un s’occupe de le dresser, celui-là. Si seulement son défunt Armand était encore là… Jamais il n’aurait toléré qu’on élève son unique petit-fils en lui passant tous ses caprices.
— Maman, dit Aline, je vais préparer nos sacs et les porter dans la BMW. Jean-Louis ne va pas tarder et il voudra partir aussi tôt que possible. J’ai fait le plein de ma Golf, tu n’auras pas de problème. De toute façon, je t’ai laissé le numéro du garagiste s’il y avait quoi que ce soit. Mais je ne vois pas… Le réfrigérateur est plein et Maria vient demain matin. N’hésite pas à lui demander de te donner plus d’heures si tu as besoin d’elle. Ses autres employeurs sont en voyage ; elle a donc des disponibilités et elle s’est offerte elle-même à passer la nuit ici au cas…
— Aline ! cria Frédérique. Va faire tes valises ! Et emmène Sébastien. A tourner autour de moi comme il le fait sans écouter ce que je lui dis, il va finir par prendre une de mes aiguilles dans la figure.
Aline préféra s’exécuter sans discuter et entraîna Sébastien à l’étage, sans voir que son petit chéri tirait la langue à sa grand-mère, profitant de ce qu’elle ne le regardait pas. Le tapis du grand escalier de bois clair étouffa le bruit de leurs pas mais elle ne put empêcher le parquet de sa chambre de grincer un peu. Pourvu que cela n’irrite pas encore sa mère ! Quant à elle, elle adorait ce petit bruit familier qui la rassurait. La maison n’était pas parfaite mais elle l’aimait. Elle y avait habité dans son enfance, quand elle rendait visite à sa tante Ségolène, l’unique sœur de sa mère. Ségolène s’était mariée juste avant qu’éclate la Deuxième Guerre mondiale. Son mari avait été tué un mois après ses noces. Elle ne s’était jamais remariée et n’avait pas eu d’enfants. En revanche, elle avait gardé Les Mésanges, la maison que son mari avait achetée au Vésinet pour y installer sa future famille. Entourée des pelouses du grand parc public, elle s’abritait derrière de hauts murs, au milieu d’un parc planté de marronniers. La balançoire de Sébastien était accrochée aux branches où Aline avait accroché la sienne.
Non, elle n’avait pas du tout envie de s’en aller, de fermer sa maison et d’en habiter une autre, même au bord de la mer. Elle avait du travail, ici ! Il fallait repeindre la grille d’entrée et les volets. Aline avait prévu de le faire elle-même pendant l’été, compte tenu du licenciement de Jean-Louis. Cela lui permettrait de porter au vu et au su de tous le tablier de jardinage Hermès offert par son mari pour son dernier Noël.
— Maman ! Je m’ennuie, gémit Sébastien.
Surtout ne pas s’énerver !
— Mon petit garçon s’ennuie ? Oh, mais ce n’est pas amusant, cela ! Que va-t-il faire, mon petit garçon chéri ?
— Un câlin !