Octobre 2005
Production Jeannine Balland - Terres de France
18,90 € - 312 p.
En Bretagne, au milieu du xixe siècle, une jeune aristocrate, héritière de forges prospères, est prise dans la tourmente des premiers mouvements sociaux et de l'amour
Résumé du livre
Virginie, petite-fille d'Eylau de Kerviléon, impitoyable propriétaire des Forges d'Hennebont, a un destin tout tracé. Loin du bruit et de la fureur des forges, elle a été élevée pour devenir épouse et mère dans le respect de son rang. Mais sa vie va être bouleversée par sa rencontre avec un jeune métallurgiste, Adrien Le Guerno...
Adrien fait partie de cette main-d'œuvre qui afflue chaque jour à Hennebont. Dès sa douzième année, il a connu la suie des hauts-fourneaux et les taudis des faubourgs mais, lorsqu'il découvre les injustices régnant dans les usines de Kerviléon, il décide de se battre et organise la première grève des forges. Virginie n'a aucune idée de la misère à sa porte, ce quotidien des « métallurgistes en sabots ». Son amour pour Adrien va lui ouvrir les yeux, mais, à l'heure de la révolte, il la mettra aussi face à un terrible choix ...
Aura-t-elle le courage de sortir de l'ombre et de se dresser contre sa propre famille pour devenir la Dame des Forges ?
Extrait
" Virginie avait repoussé la portière, comprimant sa robe du mieux qu'elle pouvait pour s'extirper de la calèche. Son voile se prit dans les ferrures. Sans se retourner, sous l'effet de la fureur qui la submergeait, elle tira d'un coup sec. Les flots de précieuse dentelle de Valenciennes cascadèrent sur le sol. Elle se mit à courir, butant sur les cailloux. Arrivée à quelques mètres du blessé, elle stoppa sa course, effrayée par les regards braqués sur elle. Le groupe s'écarta pour la laisser passer. Proche de l'évanouissement, l'homme fixait sa jambe ensanglantée qui n'était plus qu'un amas de chairs broyées mêlées d'éclats d'os. Virginie eut un haut-le -cœur mais prit sur elle et se pencha. Elle se sentait gauche et balbutia :
- On... on va s'occuper de vous...
Elle ne savait comment s'y prendre et sa phrase lui parut ridicule. Les hommes étaient dégrisés. L'un d'entre eux s'enhardit :
- Vous les Kerviléon, c'est tout ce que vous savez faire : écraser !
(...) Un homme d'une large stature s'approcha. Il ne faisait pas partie du groupe, Virginie en était certaine. Il s'adressa à elle d'une voix grave :
- Je pense que votre place n'est pas ici, Madame. Remontez dans la calèche, nous allons prendre soin de cet homme et viendrons informer Monsieur de Kerviléon de son état... Et, tranchant, il ajouta : si toutefois, cela peut l'intéresser, ce dont je doute...
Edmond s'était approché. D'une main autoritaire, il saisit le bras de Virginie et la tira en arrière. A travers la pression de sa paume, Virginie put sentir à quel point il s'efforçait de se contrôler.
- Venez ma chère, Monsieur...
L'inconnu s'était détourné. Penché sur le blessé qui gémissait, il lâcha, avec indifférence :
- Le Guerno, Adrien Le Guerno.
- Monsieur Le Guerno va s'occuper de ce pauvre homme. Nous ne manquerons pas de prendre de ses nouvelles.
Virginie bafouilla à l'adresse d'Adrien le Guerno qui lui tournait toujours ostensiblement le dos :
- Je... Je viendrai lui rendre visite.
Adrien fit lentement demi-tour. Ses yeux noirs fixèrent Virginie sans la moindre indulgence. Laconique, il laissa tomber un :
« C'est ça, on verra » dont l'injustice la mit hors d'elle. Elle voulut répliquer, mais sentit que rien ne pourrait convaincre ce Le Guerno de sa bonne foi. Elle suivit Edmond qui faisait signe aux curieux de remonter dans les voitures.
- Quel beau spectacle, vous nous avez offert là, lui lança-t-il en l'aidant à remonter dans la calèche.