roman format poche (11 x 18 cm)
208 pages
ISBN / EAN : 9782907572774
En novembre 1783, la paix vient depuis peu de succéder à la guerre d'Amérique. Gratien, modeste aumônier qui s'est illustré par sa perspicacité pour une affaire de crime lors d'un précédent voyage, embarque cette fois à bord de l'Infidèle, frégate de 18 canons de Sa Majesté.
Alors que le navire fait tranquillement route vers la Martinique, le
capitaine est retrouvé mort, dans sa cabine fermée de l’intérieur.
L’homme a apparemment mis fin à ses jours. Mais le flair de Gratien
décèle derrière ce décès plus qu’un simple suicide…Pourquoi cet homme
puissant aurait-il décidé d’attenter à sa propre vie en pleine écriture
d’un roman qu’il avait pris l’habitude de lire à l’équipage, et qui
recevait les éloges de tous ?
Claude-Youenn Roussel, ethnologue de formation et passionné par la
Bretagne maritime (il a longtemps collaboré au Chasse-Marée), nous fait
partager la vie des marins sur les vaisseaux du Roi. S’appuyant sur sa
longue fréquentation des archives et ses connaissances navales, cet
auteur d’ouvrages spécialisés sur le Bretagne maritime et nobiliaire du
XVIIIe siècle s’autorise ici l’écriture du romancier.
« Le Neuvième Chapitre » est le second tome de cette nouvelle série
historique qui passionnera tous ceux qui aiment l’histoire, la mer, le
mystère…
PROLOGUE
La vie n'est pas si onéreuse que la servitude.
Vauvenargues.
UN TEMPS, DES HOMMES
Après de nombreuses années de combats sanglants, la guerre
d'Indépendance américaine se termine par plusieurs épisodes notables.
En novembre 1782, les États-Unis, malgré leur immense dette
financière et morale envers la France, lâchent leur alliée. Ils
obtiennent de l'Angleterre l'indépendance de leurs treize colonies et
reçoivent la Louisiane cédée par la France aux Anglais en 1763. Les
ex-Insurgents obtiennent également d'importants droits de pêche sur les
parties anglaises de Terre-Neuve, se plaçant immédiatement en
opposition et rivalité avec la pêche française. Seules d'essentielles
questions de limites et de circulation sur le Mississipi, qui les
opposent à l'Espagne, gênent encore les libres Américains. Rappelons
que le royaume espagnol est alors l'allié de la France.
Les négociations secrètes menées avec les Anglais, ceux-ci,
d'ailleurs assez indignés du « réalisme américain », déterminent une
solution pour les Indes où la France doit recouvrir uniquement des
comptoirs aux territoires extrêmement limités. La paix bute sur la
question de l'île de la Dominique dans les Antilles qui avait fait
l'objet d'un accord sans suite.
La France, toujours grande et généreuse (!), avait abandonné les
richissimes îles de la Dominique et de la Guadeloupe en échange du
retour du Gibraltar à l'Espagne. Cette opération n'ayant pas eu lieu,
Charles III renonça à la lutte pour cette péninsule, qu'aucun succès
n'avait marquée. Les Français pensent de ce fait conserver leurs îles.
Mais les Anglais ne veulent y renoncer à aucun prix - sauf pour celle
de Tobago qu'ils proposent - et surtout pas à celle de la Dominique.
Ils en font la condition de la paix et offrent en échange d'étendre le
territoire concédé aux Indes.
Les Anglais, militairement dégagés du souci américain, retrouvent
une bonne position. Leur marine est plus forte que la flotte française
éreintée. Celle-ci a connu une terrible défaite aux Saintes. Le trésor
royal pour la renouveler est vide, avec en outre une dette de 3
milliards de livres. De ce côté les Anglais n'ont rien à envier aux
Français car leur propre dette publique s'élève à plus de 6 milliards.
Il faut conclure, et vite, de peur que l'Angleterre n'exige des conditions encore plus terribles.
Les opinions des deux pays s'indignent d'ailleurs contre leurs
politiciens respectifs et se hérissent devant les clauses débattues
lors des préliminaires de paix en février 1783.
On pourrait se demander s'il y a un vainqueur dans cette guerre,
mais les colonies américaines se sont bel et bien libérées et
apparaissent être les seules bénéficiaires de la guerre.
La paix signée en mars 1783, la liberté des mers renaît
progressivement. Différents problèmes locaux subsistent et les pirates
et autres aventuriers ne peuvent que se réjouir d'assister à la
réapparition d'une navigation commerciale florissante et à la
diminution considérable de la présence militaire.
Il faudra attendre 1786 pour voir signé entre les deux nations un
véritable traité de commerce et de navigation régissant la circulation
des vaisseaux, personnes et marchandises avec liberté totale de se
rendre d'un royaume à l'autre et d'y commercer sans contraintes.
À la période à laquelle se situe notre aventure, la paix est
encore toute récente, les haines encore bien présentes. Les règles
commerciales ne sont toujours pas claires, laissant la porte ouverte à
toutes les interprétations et toutes les violences.