| L'ouvrage |
De retour à Quimper après une longue convalescence, le commissaire
Fabien me confie une bien étrange mission : rencontrer un magnat du
commerce qui aurait des ennuis.
Le genre de job que j’affectionne, comme vous le savez…
Mais voilà, ce Monsieur m’est recommandé par un ponte de la place
Beauvau, l’ineffable commissaire Mervent, devenu bras droit du ministre
de l’Intérieur.
Pour faire preuve de bonne volonté, car Mervent m’a rendu un
signalé service lors d’une précédente enquête, je décide de rendre
visite à monsieur Pinchard en son domicile de Landévennec.
Celui-ci me révèle que son fils Matthieu, condamné à vingt ans de
réclusion criminelle pour le meurtre de son meilleur ami et en fuite
depuis sa condamnation, vient d’être retrouvé.
Où s’était-il caché pendant ces quinze ans ? Tout simplement à
quelques encablures du domicile de son père, au monastère de
Landévennec où il était connu sous le nom de « Frère Grégoire ».
Tout est rocambolesque dans cette histoire, depuis la mort de
Jacques Courtois, l’évasion de Matthieu Pinchard et même son
arrestation à Brest vingt ans plus tard par le plus grand des hasards.
Moi, vous me connaissez, dès qu’il y a mystère, il faut que je
voie l’envers du décor. De Landévennec à Plougastel-Daoulas, du port de
commerce de Brest au quartier de Pontanézen, c’est en long en large et
en travers que je vais arpenter cette mystérieuse rade.
Et je ne serai pas déçue ! Vous non plus, j’espère !
Cordialement vôtre,
Mary Lester
Source photo : www.linternaute.com
Extrait :
Chapitre 1 :
Le commissaire divisionnaire Lucien Fabien était
de retour. Ça me fit vraiment plaisir de l’apprendre lorsqu’en ce lundi
de novembre humide et doux, le brigadier Mélennec, un des plus anciens
gardiens qui finissait sa nuit, m’interpella à mon arrivée au
commissariat :
— Capitaine, le patron a demandé après vous.
Formulation directement traduite du breton. Mélennec n’était sorti de
sa ferme de Briec que pour faire son service militaire et, dans la
foulée, il était entré dans la police par le biais des Compagnies
Républicaines de Sécurité.
J’avais cru voir une étincelle dans les petits yeux bleus du bonhomme
qui attendait sa retraite paisiblement en cultivant son jardin, un
embonpoint prospère et une trogne fleurie. D’ailleurs, au passage, il
m’avait balancé un clin d’œil complice et il avait prononcé « Le
Patron » avec une emphase telle qu’on devinait une majuscule à
l’article comme on le fait lorsqu’il s’agit d’une divinité.
Pendant l’indisponibilité du commissaire Fabien, les « en
tenue », comme les officiers, avaient eu à subir un fonctionnaire
détaché du ministère. Il avait sévi le temps que le patron se relève
d’une délicate intervention chirurgicale.
On n’aurait pas aimé le garder, ce commissaire Mervent ! Pendant
les deux mois qu’avait duré l’intérim, il s’était montré pointilleux à
l’excès pour des détails qui n’en valaient pas la chandelle et
incompétent pour les affaires plus sérieuses.
Comme aurait dit Talleyrand, « souvent insuffisant mais toujours
suffisant ». Une formule qui allait comme un gant à ce
technocrate tombé dans la police par les hasards conjugués d’une
ambition démesurée et des disponibilités ministérielles.
Bref, tout le monde était ravi d’en être débarrassé. Et comme dans ce
pays, la peau d’âne prévaut sur l’expérience, Mervent, diplômé de
l’ENA s’il vous plaît, avait retrouvé une nouvelle fonction plus digne
de ses ambitions au ministère. Il allait pouvoir y grenouiller
allègrement avec d’autres arrivistes de son acabit.
« Qu’importe où il sera, avait soupiré Fortin en apprenant son
départ, du moment que c’est loin de chez nous… » Opinion qui
faisait l’unanimité du personnel au grand complet.
Je toquai à la porte directoriale et j’entendis avec bonheur sa voix, toujours sèche et brève :
— Entrez !
J’obtempérai et considérai avec ravissement le commissaire divisionnaire Lucien Fabien assis derrière son bureau.
— Patron ! m’exclamai‑je, ce que ça fait plaisir…
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