Genre : Roman policier, Bretagne
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Année de publication : 1998
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| Format : Poche (11 x 18 cm) |
Prix : 7,60 €
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Pages : 240
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ISBN / EAN : 9782907572163 |
Quand,
en hiver, on découvre dans une mansarde une personne âgée morte de
froid, personne ne s'en étonne. Mais quand ladite mansarde contient
quatre cadavres de vieillards victimes des basses températures, on peut
s'interroger sur les véritables raisons de ces décès. Or, quand la
police est aux prises avec l'insolite dans un coin de Bretagne, on ne
tarde pas à voir paraitre Mary Lester. Cette fois, elle est accueillie
comme le Messie par le commissaire Colin. Pensez-donc le Mardi-Gras
commence, et jamais le vieux patron de la police douarnaniste n'a
manqué le rendez-vous des masques; Mary va devoir mener son enquête au
coeur d'une bacchanale de quatre jours, dans un monde insolite et
déroutant, peuplé de masques parfois mal intentionnés.
Extrait : chapitre 1
Mary Lester fut tirée de son sommeil par le claquement sonore de
sabots de bois sur le pavé de la venelle. Il lui sembla qu’un objet dur
raclait le mur de la maison et une porte s’ouvrit sur le palier.
Malmené par des pas pesants l’escalier gémit, une fenêtre grinça, et
quelqu'un qui s’efforçait de chuchoter s’enquit du temps :
– Fait beau ?
Une voix rude et éraillée, une voix qui ne savait pas parler doucement troua la nuit finissante d’un seul mot :
– Boucaille !
Ce fut tout. Ce fut tout et ce fut assez. Mary, qui avait eu un
grand-père marin-pêcheur auprès duquel elle avait vécu toutes ses
vacances, savait ce que signifiait ce mot.
Boucaille voulait dire temps gris, ciel gris, mer grise. Pas de
vent mais un crachin ténu, tenace, capable de tomber sans discontinuer
pendant vingt-quatre heures comme pendant une semaine. Boucaille,
c’était aussi une mer calme, débonnaire, agitée seulement de grandes
houles onduleuses venues des tréfonds de l’Atlantique pour bercer les
bateaux.
« Boucaille » avait dit le marin de sa voix rocailleuse, et Mary
avait senti une intonation satisfaite dans ce cri qui avait roulé entre
les murs de granit rongés par le sel, jusqu’au bas de la venelle sombre
qui débouchait sur la mer.
Les jours où l’on criait ce mot dès l’aube étaient bénis des
marins. On ne pouvait rêver meilleur temps pour la pêche, le poisson se
laissait prendre comme à plaisir.
Pour les estivants qui appelaient ça « le crachin breton »,
c’était le cauchemar des vacances, l’impossibilité d’aller se dorer sur
les plages de sable fin… Les jours de gros embouteillages car les
touristes qui ne trouvaient rien d’autre à faire, se hasardaient en
voiture dans des rues qui n’étaient pas faites pour ça, les jours où
les crêperies refusaient du monde et où les villes du littoral étaient
envahies par des troupes bottées, capelées de cirés comme des
terre-neuvas.
Mais on était en février et les estivants avaient reflué dans
leurs métropoles depuis belle lurette et on ne les reverrait pas de si
tôt. Pas avant Pâques, en tout cas. Le vieux port avait retrouvé sa
quiétude d’hiver. C’était la règle, juillet-août, deux mois
d’agitation, d’encombrements, deux mois de vie. Restaient dix longs
mois paisibles, trop paisibles…