divers 1er chapitre du 4e volume des Énigmes à Bourvillec « Le magot de Mado »

1er chapitre du 4e volume des Énigmes à Bourvillec « Le magot de Mado »

Vous êtes très nombreux à attendre avec impatience la sortie du prochain roman de Jean-Paul Birrien…

Et bien c’est pour dans 12 jours !

Le 15 mai paraîtra Le magot de Mado, un 4e volume désopilant dont les personnages attachants vous embarqueront avec eux à Bourvillec.

Vous pouvez dès à présent réserver cet ouvrage en librairie ou sur notre site www.palemon.fr.

En attendant la sortie, pour vous faire patienter, voici l’intégralité du 1er chapitre (téléchargeable au format Pdf)… Excellente lecture !






Télécharger le 1er chapitre du Magot de Mado au format Pdf


Chapitre 1

Jeudi 9  mars 1972

— T’as des nouvelles de ton héritage, Mado ?
— Pftttt ! Je crois bien que cette maison ne sera jamais vendue ! En plus, le notaire m’a envoyé des impôts à payer… Si ça continue, ça coûtera plus cher que ça vaut.
La brune un peu forte qui répondait au prénom de Mado peignait avec application ses ongles en rouge.
— Comment il s’appelle déjà, ton bled ? Trouvillec, c’est ça ?
— Mais non, Max, Bourvillec ! Bour-vil-lec ! Je te l’ai déjà dit cent fois, dit-elle en levant le bras, doigts tendus, pour juger du résultat.
— Combien tu avais touché ?
— Je sais plus exactement… Un peu plus d’vingt mille, j’crois.
Elle souffla sur ses ongles et agita les deux mains pour accélérer le séchage.
— Il en reste ?
— Pas beaucoup.
— Tu pourrais faire ça en deux mois, si tu voulais, fit Max en s’appuyant au dossier du canapé.
— Tu ne vas pas recommencer avec ça, dit Mado en lui jetant un regard noir.
— Ce que tu peux être vieux jeu ! Tu vois bien que je plaisante !
— C’est déjà pas mal ce que je fais pour toi !
— Bien sûr ! Mais tu m’avais promis d’essayer… Au moins une fois, pour faire une expérience… On s’aimera encore plus fort après, tu verras…
— Tu sais très bien que j’avais bu, quand j’ai dit ça.
— D’accord, d’accord, dit Max en allumant une cigarette.
Il portait un blouson d’aviateur en cuir, doublé de peau de mouton, et un jean serré sur ses cuisses musclées. Ses cheveux noirs couvraient ses oreilles et tombaient dans son cou. Quand il souriait, ses dents blanches et le blanc de ses yeux légèrement bridés, luisaient dans son beau visage au teint sombre, trahissant ses origines gitanes. Ses mains surtout attiraient l’attention. Elles étaient fines et soignées, mais puissantes avec des doigts très longs.
— Et toi, qu’est-ce que tu comptes faire ? demanda Mado en refermant soigneusement la petite bouteille de vernis.
— Je sais pas encore, mais ça va venir, répondit Max, le visage fermé.
— Tu m’avais promis autre chose…
— Je sais… Je sais… J’ai un truc en vue… Cette fois c’est du sérieux, se dépêcha-t-il d’ajouter devant la moue interrogative de Mado.
— C’est vrai, Max ? Tu ne déconnes pas ?
— Puisque je te le dis.
— On mènera la grande vie comme avant ?
— Pas encore, mais bientôt tu seras la reine, Mado, c’est Max qui te le dit.
— Oh, Max, s’écria-t-elle en se laissant choir sur ses genoux, et en l’entourant de ses bras.
— Et doucement, fais gaffe à ma clope.
— Oh ça va, dit Mado vexée, en se relevant d’un bond. De toute façon il faut que tu partes, j’attends quelqu’un.
— Ah oui, c’est vrai, j’oubliais… Je suis dans le salon de coiffure.
— C’est ça, moque-toi. Ça met du beurre dans les épinards et tu es bien content d’avoir de l’argent de poche !
— T’es une vraie bonne sœur, Mado. Tu devrais être remboursée par la sécurité sociale.
— Allez dégage, dit-elle en lui passant les bras autour du cou pour l’embrasser. J’en ai au moins jusqu’à dix heures.
Elle attendit que Max soit sorti pour vider le cendrier et remettre de l’ordre dans l’appartement. Elle s’attarda quelques minutes dans la salle de bain, et revint se camper entièrement nue devant la grande glace de la salle. Elle lissa les deux longues anglaises qui encadraient son visage, et agita ses doigts dans ses cheveux pour leur redonner du volume. À vingt et un ans ses seins restaient fermes mais elle les aurait préférés plus petits et plus hauts. La courbe de ses hanches s’était un peu trop arrondie à son goût. Elle se retourna et pinça d’un air dépité ses fesses dodues qui commençaient à se ramollir. Elle trouvait ses jambes trop fortes et les aurait souhaitées plus fines. Enfin, du moment que tout cela plaisait à Max, c’était le principal. Jamais elle n’aurait cru qu’un type aussi beau que lui, puisse s’intéresser à elle.
Elle choisit des dessous dans un tiroir de la commode, et enfila par-dessus une blouse rose qu’elle boutonna de bas en haut. Elle serra la ceinture autour de sa taille, et glissa sans se baisser, ses pieds dans des escarpins vermillon à hauts talons.
Aide-coiffeuse dans un grand salon de la rue du Faubourg Saint-Honoré, Mado arrondissait ses fins de mois en travaillant au noir dans son appartement. Elle avait commencé en rendant service à la concierge, qui depuis lui envoyait ses amies. Le bruit s’était ensuite répandu dans le quartier, et aujourd’hui, sa petite clientèle lui prenait deux soirées par semaine. Ça mettait du beurre dans les épinards.
Elle tira le fauteuil jusqu’à l’entrée de la salle de bain, accrocha la cuvette arrière et s’accroupit pour placer le repose-pieds. Quand elle avait rencontré Max, ça marchait plutôt bien pour lui. Il l’avait draguée dans un grand magasin. C‘était un beau mec, toujours bien sapé, le plus beau qui se soit jamais intéressé à elle. Il approchait de la quarantaine, mais ne les faisait pas. Il passait la prendre au salon avec une grosse voiture. Elle le rejoignait sous le regard envieux des copines. Il l’invitait dans les meilleurs restaurants, et la sortait dans les boîtes les plus chères. Jamais elle n’aurait pensé qu’un type comme lui puisse s’intéresser à une fille comme elle. Elle n’avait jamais eu l’occasion d’être vraiment amoureuse, alors c’était comme une première fois. Cela avait duré trois semaines, les plus belles de sa vie. Et puis Max s’était retrouvé en prison pour trois mois, à cause d’une histoire très compliquée d’objets volés, où d’après lui il n’était vraiment pour rien. Une stupide erreur de la police ! Surprise et déçue, elle avait décidé de faire front et de ne pas le laisser tomber. Cachant la vérité à tout le monde, la fidèle Mado lui avait rendu visite une fois par semaine. À sa sortie, Max se retrouvait nu comme un ver. Même la voiture ne lui appartenait pas. Il ne lui restait rien, et il ne savait pas où aller. Mado l’avait alors accueilli chez elle, dans son petit appartement, toute heureuse de lui venir en aide, et de l’avoir tout à elle.
Mais Max avait changé. Cela faisait maintenant un mois qu’ils vivaient ensemble, et il se montrait irritable et nerveux. Elle essayait de ne pas l’agacer, et d’attendre calmement qu’il retrouve une place, en espérant que ça ne durerait pas trop longtemps, car ses économies fondaient à vue d’œil. Elle n’osait pas lui refuser de l’argent, et il en dépensait pas mal. Sans l’héritage providentiel de sa vieille tante de Bretagne, elle n’aurait pas pu l’aider ainsi. Mais bientôt son livret de caisse d’épargne serait épuisé, et il ne lui resterait plus rien. À moins que la maison, qui comportait un magasin et un appartement, ne soit vendue. Mais d’après le notaire, il ne serait pas facile de trouver un acheteur.
Elle brancha le tuyau de la douchette sur le robinet de la salle de bain, et rapprocha la tablette à tiroirs du fauteuil. Ce soir elle commençait par madame Perrin, la boulangère du coin de la rue, qui venait pour une coloration. Elle sortit le nécessaire de son coffret à coiffure. Max assurait que cela ne durerait pas, et qu’il allait se refaire. Il lui promettait monts et merveilles, mais elle ne voyait toujours rien venir. Elle s’inquiétait de le voir traîner dehors toute la journée, et rentrer le soir pour s’installer devant la télé. La semaine dernière, après un repas bien arrosé chez un couple d’amis à lui, alors que la conversation déviait sur les différents moyens de se faire de l’argent rapidement, l’autre femme avait avoué sans aucune gêne pratiquer régulièrement des rencontres tarifées. Mado, un peu éméchée, avait assuré qu’elle aussi en serait capable s’il le fallait. Depuis cette soirée, Max n’arrêtait pas d’en parler et ça la gênait de le voir insister comme ça.
C’était dans sa nature d’être une brave fille, mais il ne fallait quand même pas exagérer. Le fait d’habiter ensemble changeait beaucoup la donne. Max perdait de sa superbe, et elle n’était plus aussi amoureuse qu’au début. Et surtout, elle commençait à douter des sentiments qu’il éprouvait pour elle. Elle craignait qu’il s’en aille. Alors elle priait le ciel et elle brûlait des cierges à Notre Dame de Lorette pour que ça s’arrange et qu’il l’aime comme au début. Deux cierges la semaine dernière ! Mais dans ce genre d’affaires, le Bon Dieu est le seul à connaitre la vérité, et il n’est pas très bavard.
La sonnette retentit. Mado rectifia la position du fauteuil, orienta la lampe et rapprocha la glace. Elle promena autour d’elle un regard satisfait, et se dirigea vers la porte, pour accueillir sa première cliente de la soirée.

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