divers Jean Failler nous offre son compte-rendu du Salon de Vannes

Jean Failler nous offre son compte-rendu du Salon de Vannes

Les 22 et 23 juin derniers s’est tenu le Salon du Livre de Vannes, auquel Jean Failler était invité. Il nous livre le compte-rendu de son week-end morbihannais, agrémenté de quelques photos des Vénètes, l’hôtel-restaurant d’Arradon que fréquente Mary au cours de sa dernière enquête Le Visiteur du Vendredi

Notez bien qu’il vous invite à l’aider dans ses choix futurs par une question posée en fin de compte-rendu, alors à vos claviers !

 

Vannes 2013

Le ciel pleure lorsque, ce samedi 21 juin, je quitte l’île Tudy pour me rendre à Vannes pour « honorer de ma présence » comme l’on dit, le Salon du Livre en Bretagne.
Il paraît que, depuis la veille, nous sommes en été ; cependant, si c’est vrai pour ce qui concerne le calendrier, on se croirait plutôt en novembre. Pluie, crachin, brume, tout le répertoire y passe. Pas le plus petit bout de ciel bleu dans cet univers uniformément gris.  Les bagnoles se pressent sur la quatre voies, tous phares allumés, et pour moi qui ne suis pas un fan de la conduite automobile, c’est un bien sale moment à passer.
Heureusement, avec mon « soum », j’ai de la ressource. En particulier celle de m’arrêter quand je suis fatigué, de prendre un petit café (je le transporte dans une bouteille thermos) avec un croissant (acheté à la boulangerie en passant) et de m’allonger quelques minutes pour me décontracter.
Rebiscoulé (j’adore ces termes de vieux français hélas passés aux oubliettes du vocabulaire, celui-ci signifie à peu près « réconforté » et je l’ai emprunté à Robert Merle dans Fortune de France pour mon plus grand plaisir, et pour le vôtre, j’espère). Rebiscoulé donc, je reprends ma route et j’arrive enfin à Vannes vers 10h30.
Les emplacements qui ont été réservés aux auteurs sont complets, d’autant que c’est jour de marché et qu’à Vannes, comme dans toutes les autres villes, les automobiles sont infiniment plus nombreuses que les places de stationnement.
Après un fastidieux tour de ville, je reviens à ma position initiale dans des dispositions belliqueuses et je me gare à cheval sur un trottoir en me disant « si quelqu’un m’engueule, je fais demi-tour et je rentre dans mon île ! »
Et j’en étais presque à souhaiter le clash pour avoir un (mauvais) prétexte et retrouver mon bureau tranquille où je passe de si bons moments en compagnie de Mary Lester.
Las ! Les préposés au stationnement étaient d’une gentillesse et d’une  serviabilité telles que tout soudain ma rogne fondit et que je ne trouvai plus de prétexte pour tourner casaque.
Ma voiture ne gênant pas le passage, ces obligeants bénévoles disposèrent des barrières métalliques autour, comme si c’était un véhicule de service, et m’assurèrent qu’ils me préviendraient dès qu’une place serait libre.
Ainsi firent-ils d’ailleurs et, entre midi et deux heures, je me trouvais garé le plus légalement du monde.
Pour autant, il n’avait pas cessé de pleuvoir. Les allées sablées des magnifiques jardins à la Française étaient transformées en cloaque où le pied s’enfonçait au delà de la ligne de flottaison. C’était bien la peine d’avoir ciré mes pompes ! Les panards humides, je me retrouvai bientôt sous l’immense chapiteau où avaient lieu les festivités, et dénichai l’emplacement qui m’était réservé dans cette immense librairie.
Les fans étaient là. Certains depuis l’ouverture, qui me charrièrent gentiment : « Alors, on n’a pas pu se lever ? » Le lecteur est sans pitié ! Il pose toutes les questions qui lui brûlent les lèvres et il me faut répondre à peu près intelligemment (je n’y parviens pas toujours car j’entends mal et dans le brouhaha, encore plus mal, ce qui fait que parfois je réponds à côté et que je dois avoir l’air passablement couillon). En même temps il faut dédicacer, poser pour la photo, faire la bise aux dames et guiliguili aux petits enfants.
C’est fort sympathique, mais épuisant.
— A qui destinez-vous ce livre ? A Gisèle ?
— Non, Michèle !
— Ah, Michèle… Excusez-moi !
On regarde ce que j’écris :
— Michelle, avec deux « l ».
— Oh, pardon !
Allez, un gribouillis, on ne m’en voudra pas.
Midi emporte le flux de clients vers les nourritures terrestres et les auteurs eux-aussi vont au château de l’Hermine où tout est prévu pour les « rebiscouler » (Encore ! Vous allez dire que j’abuse, mais j’aime, et quand on aime, on ne compte pas !). La restauration est supérieurement organisée et excellente. On se regroupe par affinités, on retrouve des confrères que l’on n’avait pas vus depuis un an, c’est la détente souriante, agréable.
Après ce repas, je trouve que j’ai bien mérité une petite sieste avant de reprendre le stylo.
Je suis garé près d’une imposante berline allemande où un auteur (célèbre, certainement !) est venu, lui aussi, faire sa méridienne. Mais, si confortables que soient les sièges de cuir de sa limousine, ils ne valent pas le lit douillet de mon « soum ». Quand j’ouvre ma porte latérale, il le contemple avec surprise.
— Vous n’êtes pas mal là-dedans, constate-t-il avec envie.
— Je suis même très bien, dis-je modestement. Que voulez-vous, être ou paraître, il faut choisir. Moi, j’ai choisi d’être bien. Ce qu’en pensent les autres, je m’en tamponne le coquillart avec une patte d’alligator, comme disait mon adjudant quand je faisais mon service dans la coloniale.
Il me regarde avec un œil torve, un œil qui dit clairement : « Qu’est-ce que c’est que cet énergumène ? »
Nous ne prolongerons pas les civilités. Il claque rageusement une porte aussi lourde que celle d’un coffre fort comme s’il craignait d’être contaminé. Tant mieux, le devoir m’appelle. Courageusement, je fonce à l’établi où, déjà, deux douzaines de personnes m’attendent. Et c’est reparti à une cadence telle que je ne vois pas le temps passer.
Comme d’habitude, et je le regrette, je n’ai pas eu le temps de faire le tour des stands et, encore moins, d’assister à des conférences ou cafés littéraires dont certains étaient fort alléchants.
J’ai aperçu de loin Yann Quéffélec, Daniel Piccouly, Jean Teulé, peut-être parce que leur haute taille les faisait émerger de la foule. Il faudra m’en contenter.
19h. Il y a toujours des chalands, cependant, le point clé de la soirée approche : la balade sur le golfe en vedette de promenade, avec un somptueux buffet de fruits de mer.
Les « people » se pressent et s’empressent, pressentant qu’on va pouvoir s’empiffrer à l’œil et j’en profite pour prendre la tangente. Cette fois je ne vais pas transporter mon « soum » à l’île Conleau où je suis repéré, mais un peu plus loin, à Arradon, là où Mary Lester a mené sa dernière enquête. Et, tant qu’à faire, je décide de dîner aux Vénètes, établissement dont Mary m’a dit le plus grand bien.
Et elle ne m’a pas menti, la coquine. Elle a vraiment le chic pour dénicher les lieux exceptionnels. Ce samedi, j’ai dégusté là un des meilleurs repas de ma vie et dans un décor, mes frères, tout le golfe à mes pieds ! Les îles couvertes d’arbres s’ennoyant peu à peu dans la brume, les phares rouges, verts, clignotant, s’allumant et s’éteignant sur des rythmes précis pour baliser le chemin maritime des marins attardés.
La marée était haute et on avait l’impression que la mer allait venir lécher le somptueux parquet de teck. Plus les pieds dans l’eau, on ne peut pas sans être mouillé.

L’estomac en paix après ce somptueux dîner, je me suis endormi comme un bébé dans mon « soum » au bord de la grève et ce sont les goélands qui m’ont réveillé.
Cette fois, je ne suis pas allé me baigner. L’air était froid, la mer peu engageante. Et puis peut-être aussi que je deviens vieux, allez savoir…
Encore sous le charme de mon dîner, j’ai pris mon petit déjeuner aux Vénètes, toujours face à la mer et aux bateaux à l’ancre dont les coques blanches, éclairées par le soleil levant, se détachaient sur un ciel noir. Finalement, ce soleil devait triompher de la pluie, mais bien timidement.
Le dimanche fut le pendant du samedi. Beaucoup de monde, si bien que vers 15h j’étais à cours de munitions. Plus de Visiteurs du Vendredi ! J’avais vidé ma table, asséché deux stylos, récolté cette foutue tendinite qui m’assaille quand j’écris trop longtemps à la main et qui mettra quinze jours à passer, monté dans l’estime que me porte mon libraire… et perdu au moins deux chapitres du prochain Mary Lester.
Car, voyez-vous, le temps que je passe à ces aimables mondanités, je ne le passe pas à élaborer les enquêtes de Mary.
Le temps m’étant compté (de plus en plus), il faudra bien que je choisisse : ou faire le beau dans les salons, ou écrire dans la solitude de mon bureau.
Je ne vous cache pas que la deuxième proposition l’emporte largement sur la première.

Mais vous, qu’en pensez-vous ?

Jean FAILLER.

4 Comments

4 commentaires pour Jean Failler nous offre son compte-rendu du Salon de Vannes

  1. L'HELGOUARC'H Anne Marie says:

    Bonsoir
    Et dire que je faisais partie des responsables de votre tendinite alors que je m’étais déjà rebiscolé avec Mary quelques jours plus tôt !!!!!!
    J’imagine bien la difficulté de ces journées et j’avoue que la foule et le brouhaha n’invitaient à des échanges agréables.
    Je regrette de vous avoir fait perdre 2 chapitres ce jour là et je suis déjà en manque des prochaines aventures !!!!!
    En passant l’autre jour sous une pluie battante à l’ile tudy, je vous imaginais tapis dans votre bureau à rattraper le temps perdu à faire le beau !!!!!
    Alors vivement le mois de mai pour dévorer le fruit de votre travail.
    Merci de ne pas avoir renoncé après l’épisode difficile du renard des grèves !!!!
    Kenavo
    Anne Marie l’helgouarc’h ( belle fille de yan pesket)

  2. merci monsieur failler pour les bon momment que je passe avec marie lester a quant le prochain volume ,j’ai hate de vous lire a bientot amitiés

    • delphine says:

      La prochaine enquête de Mary Lester paraîtra le 9 mai prochain… Cette date approche à grands pas, encore un peu de patience !

  3. Nicole Establetje says:

    Je ne me suis jamais autant régaler qu’ en lisant vos livres .Marie lester est une merveille
    .merci pour ces lectures
    Continuez a nous divertir
    Bien à vous .
    Nicole

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