extraits Avis de gros temps pour Mary Lester – chapitre 1

Avis de gros temps pour Mary Lester – chapitre 1

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La 44e enquête de Mary Lester paraît le 22 avril prochain.

Nous vous dévoilons en avant-première le 1er chapitre de cette nouvelle aventure, histoire de vous mettre l’eau à la bouche…

Avis de gros temps pour Mary Lester - n°44

Avis de gros temps pour Mary Lester – Chapitre 1

La salle de réunion sise au dernier étage du commissariat de Quimper n’avait jamais été aussi pleine. Bien qu’on eût repoussé les chaises contre les murs et déplacé la grande table centrale, on se marchait un peu sur les pieds.
« On », c’était le personnel du commissariat central, du gardien stagiaire au patron, le commissaire divisionnaire Fabien qui, pour la circonstance, avait revêtu un complet gris clair impeccable au revers duquel la rosette de sa Légion d’honneur brillait comme une larme de sang.
Le brouhaha des conversations se tut soudainement. Le patron faisait tinter une petite cuiller contre l’une des bouteilles qui se trouvaient sur la grande table bien garnie.
— Votre attention, s’il vous plaît !
Tous les regards se braquèrent sur le commissaire Fabien et sur les six policiers qui se tenaient près de lui, deux femmes et quatre hommes : le capitaine Lester, le lieutenant Fortin, le brigadier-chef Gertrude Le Quintrec, visiblement très émue, et trois gardiens en tenue.
La voix du commissaire, légèrement enrouée, s’éleva, finissant d’instaurer le silence. Quand le patron parlait, les flics écoutaient.
— Comme vous le savez peut-être déjà…
Et comment, qu’on le savait ! La rumeur courait dans le commissariat depuis une bonne semaine…
Il y eut quelques petits rires étouffés que Fabien, bon enfant, prit en bonne part :
— Donc, comme vous le saviez, je ne vous apprends rien, mais je le confirme officiellement, nous sommes aujourd’hui réunis pour fêter des promotions.
Il se tourna vers les deux femmes qui faisaient partie des récipiendaires et tendit le bras comme pour les présenter :
— Honneur aux dames, le capitaine Lester, dont personne ici n’ignore les mérites, est promue au grade de commandant.
Les flics en uniforme applaudirent chaleureusement car le capitaine Lester, qu’ils jugeaient « pas bêcheuse pour deux ronds », était très populaire dans leurs rangs.
Mary, qui détestait être ainsi mise sur un piédestal, s’efforça de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Elle s’inclina en souriant pour les remercier de cet hommage, sourire un peu ironique en pensant à ces hommes qui applaudissaient mollement la seule femme officier du commissariat et qui auraient tant voulu être à sa place.
Si leur enthousiasme était moins authentique que celui manifesté par les « en tenue », c’est qu’en collectionnant les succès, Mary avait également accumulé ce qui les accompagne inévitablement : les rancœurs, les jalousies, les médisances des médiocres.
Certains chuchotaient qu’elle devait surtout sa position privilégiée au sein du commissariat à la bienveillance du divisionnaire Fabien avec lequel elle aurait été « du dernier bien ».
À l’occasion ils lui prêtaient également une liaison tumultueuse avec son équipier habituel, le lieutenant Fortin.
Rumeurs sans le moindre fondement que les plus médisants n’avançaient qu’avec un luxe de précautions, seulement auprès d’oreilles complaisantes.
Mary n’était pas naïve au point d’ignorer ce qui se chuchotait dans son dos, ni les bonnes langues à qui elle devait ce traitement de faveur. Cependant, tant qu’on ne l’attaquait pas de front, elle faisait bonne figure à tout le monde.
Les acclamations s’étant tues, le commissaire Fabien reprit la parole :
— Le brigadier-chef Gertrude Le Quintrec, ayant brillamment passé le concours interne, accède au grade de lieutenant…
Deuxième salve d’applaudissements qui fit rougir la robuste Gertrude jusqu’à la racine des cheveux.
— Quant au lieutenant Fortin, poursuivit le commissaire, il est promu au rang de capitaine…
Nouveaux applaudissements nourris que Fortin salua de ses deux mains jointes au-dessus de sa tête, comme un boxeur sur le ring. Lui aussi était très apprécié des hommes en tenue avec lesquels il entretenait des relations amicales.
Le commissaire Fabien termina :
— Et enfin, les brigadiers Menant, Le Fur et Chemin sont élevés au grade de brigadiers-chefs.
Une nouvelle fois, l’assemblée applaudit à tout rompre.
Menant était un vieux flic proche de la retraite tandis que Le Fur et Chemin n’étaient au commissariat que depuis un an. Menant avait été promu à l’ancienneté, mais Le Fur et Chemin appartenaient à une autre génération, plus diplômée, et ils avaient l’ambition, au gré des concours internes, de s’élever dans la hiérarchie comme l’avait fait Gertrude Le Quintrec.
Le commissaire Fabien lui-même n’avait-il pas commencé sa brillante carrière comme flic en tenue ? Quant à Gertrude Le Quintrec, entrée dans la police parce qu’elle était forte comme deux hommes, elle avait, grâce au capitaine Lester et au lieutenant Fortin, connu une promotion ultra-rapide. Désormais, à sa grande satisfaction, elle allait pouvoir abandonner l’uniforme et enquêter en civil.
La voix du commissaire couvrit une nouvelle fois le brouhaha :
— Toutes ces promotions, il va sans dire, récompensent des fonctionnaires de police pour de grands mérites. Ces mérites, vous les connaissez aussi bien que moi, aussi je ne m’attarderai pas à les rappeler ici car cette énumération risquerait, un, d’être fastidieuse et de mettre à rude épreuve leur modestie naturelle, et deux, ce qui est le plus important, de faire tiédir les rafraîchissements qui vous attendent. Mesdames et Messieurs, je vous invite à vous approcher du buffet et à lever vos verres aux promotions tant méritées de vos collègues.
Une rafale d’applaudissements fit trembler les vitres de la salle.
Derrière la table nappée de papier blanc, le brigadier Moulin, qui ne laissait à personne le soin de faire le café en salle de permanence, aidé de quelques flics devenus barmen pour la circonstance, emplissait les coupes de mousseux et les montagnes de petits canapés fondaient comme neige au soleil devant cette armée de gaillards auxquels il ne fallait pas en promettre.
Les heureux promus recevaient les félicitations de leurs camarades et le commissaire contemplait sa « basse-cour » – comment appeler autrement une assemblée de poulets ? – d’un œil débonnaire.
Il s’approcha de Mary :
— Alors, Mary, quel effet cela vous fait-il d’être commandant ?
Elle sourit malicieusement :
— Vous ne devinerez jamais, patron…
— Dites toujours…
— Je pense à la tête que va faire mon père…
Le commissaire Fabien parut surpris :
— Il va s’en réjouir, je suppose.
— Ah, fit-elle. Comment savoir ? Jusqu’alors il était le seul commandant de la famille, désormais nous serons deux !
— Je n’avais pas envisagé cet aspect des choses, convint Fabien. Vous pensez qu’il sera jaloux ?
Elle rit :
— Mais non ! dans son for intérieur il sera très fier, mais il ne me le dira pas !
— Et vous, vous êtes contente, au moins ?
— Bien sûr, patron, et je vous remercie.
— Bof, dit Fabien, je n’y suis pas pour grand-chose…
Mary assura :
— Je sais tout ce que je vous dois, patron ! Cependant, ça ne changera pas tellement ma condition de flic, sinon que ça me mettra sur un pied d’égalité avec quelques machos notoires.
— À qui pensez-vous ?
— Allons, patron, c’est jour de fête aujourd’hui, ne parlons pas de ce qui fâche ! D’ailleurs, ne savez-vous pas mieux que personne tout ce qui se passe dans votre commissariat ? Vous n’êtes plus de ceux qui pensent que la place d’une femme n’est pas dans la police !
Fabien la reprit :
— Je ne suis plus ? parce que vous me soupçonnez de l’avoir été ?
Elle éluda :
— Vous êtes un homme et, à ce titre, vous avez des réactions d’homme.
Le commissaire ne disait rien, un peu embarrassé. Elle le taquina :
— Et je suis sûre qu’en certaines circonstances, vous me vouez aux gémonies…
Fabien protesta véhémentement :
— Quand je vous voue aux gémonies, comme vous dites, ce n’est pas parce que vous êtes une femme, mais bien parce que vous prenez parfois des accommodements hasardeux avec la procédure…
Elle croisa les bras et protesta :
— Quel culot ! La plupart du temps, vous vous en trouvez bien, de mes accommodements ! L’affaire de Batz-sur-Mer aurait-elle été résolue sans quelques accommodements avec cette sacro-sainte procédure ? N’avez-vous pas reçu une lettre de félicitations du ministère à cette occasion ?
— Si fait, reconnut Fabien, mais tout de même, arriver à vous mettre un procureur de la République dans la poche, c’est fort, c’est très fort Mary Lester ! Un de ces jours, il faudra que vous m’expliquiez comment vous faites.
— Tout est dans mon rapport, patron.
Fabien marmonna :
— Je n’en suis pas si sûr !
Mary ne releva pas, mais ajouta :
— Il manque tout de même quelqu’un dans cette promotion, patron !
— De qui voulez-vous parler ?
— D’Albert Passepoil.
— Passepoil ? fit le commissaire d’un air de souverain mépris. Mais il ne bouge pas du commissariat !
— Il n’en bouge pas parce que c’est là qu’il est le plus utile. Peut-être avez-vous lu dans mon rapport combien l’aide qu’il nous avait apportée dans l’affaire de Batz-sur-Mer avait été déterminante ?
— Bien qu’en contravention formelle avec la procédure, fit Fabien, mi-figue, mi-raisin.
— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, répondit-elle très digne.
— Je ne fais qu’évoquer les incursions de votre Passepoil dans les ordinateurs les mieux protégés.
Elle dut prendre sur elle pour conserver son impassibilité. Ainsi, malgré toutes les précautions prises, ce vieux filou de Fabien avait eu vent du subterfuge utilisé par Passepoil pour « visiter » les ordinateurs susceptibles de fournir des éléments précieux au capitaine Lester ?
Elle regarda le patron de ses grands yeux candides :
— Que me dites-vous là, patron ?
Fabien soupira :
— C’est ça, faites l’innocente !
Puis il la regarda d’un œil soupçonneux :
— Passepoil ne se livre pas à ce petit jeu de son propre chef !
Elle protesta vigoureusement en se disant tout de même qu’il faudrait, à l’avenir, tenir compte de ce paramètre : le patron n’était pas dupe !
— Me soupçonneriez-vous de le manipuler ?
Son indignation paraissait trop sincère pour être honnête. Elle ne trompa pas le commissaire qui la fixa de son regard perspicace :
— En quelque sorte, oui.
Elle décida de plaider non coupable :
— C’est que je ne connais rien à l’informatique, moi, patron !
— Tss, tss, tss, fit Fabien en levant l’index d’un air menaçant, vous naviguez là-dedans comme un poisson dans l’eau.
— Vraiment, vous me prêtez des talents que je n’ai pas.
— Je sais ce que je dis !
À son habitude, elle dévia la conversation :
— Ouais, et je pilote ma voiture avec assez d’aisance, également.
— Tsss ! fit de nouveau le commissaire agacé. Voilà bien ce qui est exaspérant avec vous, vous détournez toujours le fil de la conversation !
— Moi ?
— Ben oui, je vous parle ordinateur, vous me répondez voiture ! Ça devient…
On ne saurait jamais ce que ça devenait car, sans terminer sa phrase, il souffla :
— Je ne vois pas ce que votre voiture vient faire là !
Elle lui dit, pleine de bonne volonté :
— Je vais vous l’expliquer : je pilote mon ordinateur sans rien connaître à l’informatique, comme je conduis ma voiture sans rien connaître à la mécanique.
— Tandis que Passepoil…
— Ah ! Ce cher Albert est un virtuose de la programmation ! Solliciter une information auprès de Passepoil, c’est l’obtenir dans l’heure qui suit. Croyez-moi, gardez-le bien au chaud, vous n’êtes pas près de trouver son pareil dans les effectifs de la police.
Fabien ne répondant pas, elle poursuivit :
— Si par malheur Albert Passepoil nous faisait défaut, vous verriez le taux d’élucidation de nos enquêtes se ratatiner.
— Vous avez dit se ratatiner ?
Elle confirma avec aplomb :
— J’ai dit se ratatiner !
Pour tout commentaire, le commissaire se contenta d’une grimace qui en disait long.
Mary enfonça le clou :
— Alors, si je peux me permettre un conseil aujourd’hui, monsieur Fabien, c’est que vous fassiez en sorte qu’Albert Passepoil soit de la prochaine fournée des promus au grade supérieur.
Le commissaire la regarda, feignant l’admiration :
— On peut dire que votre promotion n’a pas tardé à faire son effet, commandant Lester. Vous donnez des ordres à votre divisionnaire à présent ?
— Des ordres ? Où avez-vous vu des ordres dans mes propos ? Ce n’est qu’une suggestion, patron, une simple suggestion !
Le commissaire Fabien ne désirait visiblement pas s’attarder sur le sujet Passepoil. Il leva son verre et éluda :
— On verra ça en temps utile.
Elle eut un sourire malicieux :
— Je compte sur vous, patron !

10 Comments

10 commentaires pour Avis de gros temps pour Mary Lester – chapitre 1

  1. LAIRIE Jocelyne says:

    J’attends la suite avec impatience .Vous avez aiguisé ma curiosité

  2. Vétier Isabelle says:

    Super le premier chapitre j’ai hâte de lire la suite. Je ne vais pas tarder à commander le dernier livre de Jean.
    Isabelle fidèle lectrice.

  3. b guillaumat says:

    bon debut amusant.il serait peut etre interessant que dans un prochain roman l’equipe LESTER soit confronte au terrorisme au travers
    d’une brigade speciale detachee .mais toujours dans le meme esprit !!!!!

    • delphine says:

      Merci pour ce judicieux commentaire ! Firmin Le Bourhis s’est essayé à cet exercice dans sa nouvelle série Menaces, dont le tome 1 « Attaques sur la capitale » est paru au mois de juin dernier (il avait malheureusement vu juste quant aux cibles des terroristes…).

  4. Le Fourn says:

    le 1er chapitre démarre gentiment……..lentement….ce qui laisse présager une suite rythmée et soutenue…. comme d habitude..!

    encore un succès certainement…. Bon vent..!

  5. Voilà qui met l’eau à la bouche (même sans avoir goûté les petits fours) et … me laisse avide de connaître la suite.
    Amicalement,
    Dany

  6. Coindat Marie-Noëlle says:

    Vive le 22 avril pour la suite ; faire sortir une enquête de Mary Lester un 22 . . . . ! ! ! !

    A bientôt

  7. BRIEND says:

    IL faut attendre jusqu’au………………..22 avril pour connaître la suite !!!!! c’est de la cruauté mentale……
    Merci encore pour ces bons moments passés avec Mary et ses acolytes (Fortin, Gertrude, passepoil)

  8. sequard says:

    Bonjour, comme d’hab, çà commence fort, et je me réjouis de recevoir ce dernier cru des aventures de Mary. Bon vent !!

  9. piriou says:

    je me délecte déjà pour la suite je cours a la librairie la plus proche

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